Résumé
Avec ce tout premier numéro, RIMO ouvre un espace éditorial dédié à la production, la circulation et la valorisation des connaissances en management, avec une attention particulière aux organisations africaines, francophones et émergentes.
Lancer une revue scientifique n’est jamais un acte anodin. C’est prendre position dans le champ du savoir. C’est affirmer qu’il existe des questions insuffisamment entendues, des terrains encore trop peu explorés, des pratiques organisationnelles qui méritent d’être analysées avec rigueur, et des voix scientifiques qu’il importe de rendre plus visibles. Avec ce tout premier numéro, la Revue Internationale de Management des Organisations (RIMO) ouvre un espace éditorial dédié à la production, à la circulation et à la valorisation de connaissances en management, avec une attention particulière portée aux organisations africaines, francophones et émergentes, sans renoncer à l’exigence internationale.
RIMO naît d’une conviction forte : les organisations ne peuvent plus être pensées uniquement à partir de modèles abstraits, importés ou décontextualisés. Les entreprises, les administrations publiques, les PME, les institutions financières, les organisations numériques et les acteurs territoriaux évoluent dans des environnements traversés par l’incertitude, la transformation digitale, la pression concurrentielle, les contraintes institutionnelles, les mutations sociales et les impératifs de durabilité. Dans ces contextes, le management ne se réduit pas à l’application de recettes universelles. Il devient une capacité d’interprétation, d’adaptation, de gouvernance et d’innovation.
Ce premier numéro porte précisément cette ambition. Il donne à voir un management enraciné dans les réalités concrètes des organisations, mais ouvert aux débats théoriques internationaux. Il réunit quatre contributions qui, chacune à sa manière, interrogent les conditions de la performance, de la confiance, de la transformation et de la résilience organisationnelle.
Le premier article, consacré à l’effet de la rapidité et de la qualité des décisions sur la performance des organisations camerounaises, aborde une question centrale du management stratégique : faut-il décider vite ou décider bien ? L’étude montre que la performance ne dépend pas de la vitesse seule, mais de la capacité des organisations à combiner rapidité, qualité du jugement et adaptation au contexte environnemental et technologique. Cette contribution rappelle utilement qu’en contexte africain, où les dirigeants décident souvent sous contrainte, la performance se construit moins dans la précipitation que dans l’intelligence située de l’action.
Le deuxième article propose une lecture théorique des pratiques fiscalo-comptables irrégulières des entreprises. En articulant fraude fiscale, manipulation comptable, gouvernance, théorie de l’agence et dissuasion, il met en évidence une problématique majeure pour les économies africaines : la fragilisation de la confiance dans l’information financière et la réduction de la capacité fiscale de l’État. Cette contribution dépasse la seule approche juridique de la fraude. Elle montre que les irrégularités fiscalo-comptables sont aussi des phénomènes organisationnels, institutionnels et comportementaux. Elle invite ainsi à renforcer simultanément le contrôle interne, l’audit, la légitimité de l’impôt et la qualité des mécanismes de gouvernance.
Le troisième article analyse l’influence de la valeur perçue du paiement mobile sur l’intention d’utilisation du service par les consommateurs tchadiens. Dans un contexte marqué par une faible bancarisation, une forte présence de l’économie de liquidité et des enjeux d’inclusion financière, les résultats montrent que la commodité d’utilisation et la sécurité perçue jouent un rôle déterminant. L’étude rappelle que l’adoption des technologies financières ne dépend pas uniquement de leur disponibilité technique. Elle dépend aussi de la confiance, de la simplicité d’usage, de la perception du risque et de l’adéquation du service aux réalités sociales des utilisateurs.
Le quatrième article porte sur les stratégies innovantes et la diversification des PME au Tchad. Il met en lumière l’influence positive des plateformes numériques, de la transformation digitale, de l’expérience client et de l’économie de partage sur la diversification des entreprises. Cette contribution souligne un enjeu stratégique majeur : dans les économies vulnérables aux chocs extérieurs et dépendantes de secteurs traditionnels, la diversification ne peut être réduite à l’ouverture de nouvelles activités. Elle suppose la recomposition des modèles d’affaires, des compétences, des canaux, des partenariats et des formes de création de valeur.
Pris ensemble, ces quatre articles dessinent la ligne éditoriale que RIMO entend porter. Ils montrent que le management des organisations doit être analysé à la croisée des décisions, des institutions, des technologies, des comportements et des contextes. Ils montrent aussi que les terrains africains ne sont pas de simples lieux d’application des théories existantes. Ils sont des espaces de production théorique, capables d’enrichir, de discuter et parfois de déplacer les cadres dominants du management.
Ce premier numéro est donc plus qu’un assemblage de contributions. Il constitue un acte fondateur. Il affirme que la recherche en management gagne en pertinence lorsqu’elle articule exigence méthodologique, profondeur théorique et utilité sociale. Il affirme que les organisations africaines doivent être étudiées non pas comme des exceptions périphériques, mais comme des terrains centraux pour comprendre les transformations contemporaines du management. Il affirme enfin que la science de gestion a vocation à éclairer l’action, à nourrir les politiques publiques, à accompagner les dirigeants et à renforcer la qualité des institutions.
RIMO se veut une revue de dialogue. Dialogue entre chercheurs confirmés et jeunes chercheurs. Dialogue entre disciplines de gestion. Dialogue entre Afrique et monde. Dialogue entre recherche académique et pratiques managériales. Dialogue, enfin, entre rigueur scientifique et responsabilité sociale. À l’heure où les organisations sont sommées d’innover, de se transformer, de rendre des comptes et de contribuer au développement, il devient indispensable de disposer d’un espace scientifique capable d’accueillir des analyses exigeantes, contextualisées et ouvertes.
Nous remercions les auteurs qui ont accepté de contribuer à ce premier numéro, les évaluateurs qui ont accompagné le processus scientifique, ainsi que les membres du comité scientifique international dont l’engagement conforte l’ambition de la revue. Leur contribution donne à RIMO son ancrage, sa crédibilité et son horizon.
Que ce premier numéro soit le point de départ d’une aventure scientifique durable. Une aventure au service d’un management plus rigoureux, plus contextualisé, plus responsable et plus attentif aux réalités des organisations. Une aventure qui donne toute leur place aux terrains africains et francophones dans la construction des savoirs internationaux en management.
La Direction de la revue